Bulletins de veille inter-réalités

Nouvelles du
prochain monde

Des preuves que d’autres futurs essaient déjà de pousser.

Une collection subjective d’innovations, de projets et de bifurcations qui réparent un petit morceau de réalité — ou nous aident au moins à mieux l’imaginer.

01
AgrivoltaïsmeAgricultureAdaptation climatiqueJardin des Univers Retrouvés

Cultiver du safran sous des panneaux photovoltaïques : une expérience qui remet en question notre utilisation de l’espace

Toiture végétalisée du campus CSU Spur à Denver, où des cultures poussent sous des panneaux photovoltaïques.
Sur le campus CSU Spur, agriculture urbaine et production solaire partagent le même toit. Source : Living Architecture Monitor / CSU Spur.

Des chercheurs de Colorado State University expérimentent la culture du safran sur les toitures végétalisées du campus CSU Spur, à Denver. Leur objectif est de déterminer si cette épice particulièrement précieuse peut devenir une culture complémentaire pour les agriculteurs confrontés à la sécheresse. L’expérience associe culture sur toiture et agrivoltaïsme : les premiers résultats indiquent que le rendement du safran sous l’ombre partielle des panneaux solaires est presque deux fois supérieur à celui des parcelles de comparaison.

Pourquoi ça compte

Nous considérons encore trop souvent les surfaces agricoles, énergétiques et urbaines comme des espaces concurrents. L’agrivoltaïsme propose une autre logique : faire coexister plusieurs fonctions sur un même territoire, lorsque les besoins des plantes et les caractéristiques de l’installation sont compatibles. Cette approche peut être particulièrement intéressante pour des productions spécialisées à haute valeur ajoutée, qui nécessitent peu de surface mais beaucoup de savoir-faire.

Le safran demande relativement peu d’eau, mais son prix élevé ne garantit pas sa rentabilité. Les coûts de récolte, de transformation et de commercialisation doivent être intégrés avant d’envisager une production professionnelle.

Lire l’étude de terrain présentée par Colorado State University ↗
02
BiodiversitéPolitique environnementaleAgroécologieCOP17

La COP17 biodiversité a commencé : les promesses vont devoir rencontrer la réalité

Identité visuelle officielle de la COP17 biodiversité à Erevan devant un paysage montagneux arménien, avec un papillon coloré et la devise Agir pour la nature.
La COP17 se tient à Erevan du 19 au 30 octobre 2026 sous le mot d’ordre « Agir pour la nature ». Sources : site officiel de la COP17 et Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique.

La COP17 biodiversité a débuté le 19 octobre à Erevan, en Arménie, et se poursuivra jusqu’au 30 octobre. Son objectif principal est d’évaluer les progrès accomplis depuis l’accord mondial de Kunming-Montréal de 2022, qui prévoit notamment de protéger 30 % des terres et des mers d’ici 2030. Le premier bilan mondial, présenté le 15 octobre, révèle une situation contrastée : près de 90 % des pays ont défini des objectifs nationaux de biodiversité, mais moins de la moitié des objectifs évalués progressent au rythme nécessaire.

Pourquoi ça compte

La question n’est plus tellement de savoir si les gouvernements reconnaissent la crise de la biodiversité. La plupart l’ont déjà fait. Le problème consiste maintenant à transformer les engagements en modifications concrètes des pratiques agricoles, des subventions, de l’aménagement du territoire et de la gestion des ressources.

C’est particulièrement important pour l’agroécologie et la permaculture : protéger la biodiversité ne peut pas se limiter à créer des réserves naturelles. Il faut également transformer les territoires productifs, ceux où nous cultivons, construisons et vivons. Et c’est précisément là que les discussions deviennent difficiles : préserver les écosystèmes implique parfois de modifier des systèmes économiques entiers.

Le point que je suivrai particulièrement : les négociations concernant les subventions qui encouragent encore des activités destructrices pour les écosystèmes.

Lire le premier bilan mondial et suivre la COP17 ↗
03
BiodiversitéScience participativeTechnologieEurope

L’Europe lance BEAGLE : jusqu’à un milliard d’observations d’espèces pour rendre la biodiversité réellement mesurable

Illustration du projet BEAGLE reliant forêt, littoral, faune, capteurs, ADN environnemental et observations citoyennes.
BEAGLE veut relier observations de terrain, capteurs, ADN environnemental et science citoyenne à l’échelle européenne. Source : Pl@ntNet / consortium BEAGLE.

Lancé en octobre, le projet européen BEAGLE veut combiner pièges photographiques, capteurs acoustiques, ADN environnemental, intelligence artificielle et science participative pour améliorer fortement le suivi de la biodiversité terrestre, marine et d’eau douce. Son objectif est impressionnant : produire jusqu’à un milliard d’enregistrements d’espèces, déployer plus de 1 000 capteurs et collecter des milliers d’échantillons d’ADN environnemental, puis transformer ces données en indicateurs directement utilisables par les décideurs.

Pourquoi ça compte

Nous sommes encore très mauvais pour mesurer rapidement ce qui disparaît, revient ou se déplace. Or restaurer sans données revient parfois à piloter une forêt entière avec le voyant moteur allumé et la notice perdue.

Le signal de fond est très solarpunk : technologie avancée, citoyens et écologie de terrain, non pas pour remplacer les naturalistes, mais pour démultiplier leur capacité d’observation.

Découvrir le projet européen BEAGLE ↗
04
BelgiquePFASTechnologieRéparation écologique

À Louvain-la-Neuve, IBA veut s’attaquer aux PFAS avec… un accélérateur de particules

Système industriel d’irradiation par faisceau d’électrons conçu par IBA, avec accélérateur Rhodotron et équipements métalliques.
Un système d’irradiation d’IBA illustrant la famille technologique mobilisée par LIFEDESTINY pour tenter de détruire les PFAS. Source : IBA.

Le 25 septembre, l’entreprise belge IBA, basée à Louvain-la-Neuve, a annoncé qu’elle coordonnera LIFEDESTINY, un projet européen de quatre ans destiné à tester une chaîne capable de traiter les PFAS présents dans l’eau, les sols et les déchets industriels. Le projet représente 4,43 millions d’euros de coûts éligibles, dont jusqu’à 2,65 millions financés par le programme LIFE de l’Union européenne.

Pourquoi ça compte

Le point vraiment intéressant est le verbe « détruire ». Beaucoup de techniques actuelles capturent les « polluants éternels » puis les déplacent vers un filtre, une décharge ou une incinération ; LIFEDESTINY veut combiner concentration, faisceau d’électrons, procédés thermiques et biologiques afin de casser réellement les molécules fluorées.

Si le procédé devient économiquement déployable à grande échelle, c’est exactement le genre de technologie de réparation dont une société solarpunk réelle aurait besoin : pas une machine magique qui rend la pollution inexistante, mais une infrastructure capable de nettoyer une partie de l’héritage industriel déjà présent dans les sols et l’eau.

Lire l’annonce officielle du projet LIFEDESTINY ↗
05
IAÉcologieBiodiversitéAgriculture durable

Google finance 16 projets où l’IA doit servir la planète plutôt que produire une autre photo de chat astronaute

Cubes cristallins irisés entremêlés de végétation, illustration de l’intelligence artificielle appliquée aux enjeux environnementaux.
IA, données et vivant dans le même écosystème visuel. Source : Google.

Google DeepMind a annoncé le 7 septembre les 16 lauréats de son premier accélérateur « AI for the Planet » en Asie-Pacifique. Pendant trois mois, startups, associations et équipes de recherche vont recevoir un accompagnement technique et un accès aux modèles de Google pour des projets consacrés notamment à la biodiversité, à l’agriculture durable et aux solutions carbone.

Pourquoi ça compte

Le signal intéressant n’est pas « IA + écologie », étiquette qu’on peut coller sur à peu près n’importe quel PowerPoint possédant une feuille verte. Ce sont les usages où l’IA devient une couche d’observation d’un système vivant : détecter des changements écologiques, mieux piloter l’eau ou les cultures, transformer des données dispersées en décisions locales.

À surveiller néanmoins avec notre petit casque red-team réglementaire : si le calcul nécessaire au modèle coûte davantage de ressources que ce qu’il permet réellement d’économiser, nous aurons simplement inventé l’arrosoir connecté le plus compliqué de l’histoire.

Découvrir les 16 projets sélectionnés par Google ↗
06
BelgiqueLimites planétairesGouvernanceRésilience

La Belgique expérimente un poste assez solarpunk : « Chief Planetary Officer »

Présentation du CERAC consacrée à la résilience climatique et environnementale en Belgique et en Europe.Luc Bas présente les travaux du CERAC sur les risques climatiques et environnementaux.Schéma en français des neuf limites planétaires et de leur niveau de dépassement.
Le CERAC tente de relier les limites planétaires aux décisions publiques belges — du diagnostic scientifique jusqu’aux arbitrages concrets.

Une analyse publiée par Reuters le 2 septembre remet en lumière une initiative belge passée assez discrètement sous le radar : Luc Bas, directeur du CERAC, est devenu le premier Chief Planetary Officer belge, dans un réseau international lancé en juin autour des travaux de Johan Rockström sur les limites planétaires. Sa mission est de traduire climat, biodiversité, eau, pollution et autres risques systémiques en informations utilisables jusque dans les décisions économiques, budgétaires et de sécurité.

Pourquoi ça compte

Ce qui est intéressant est précisément le changement d’échelle : on ne traite plus sécheresse, inondations, agriculture, énergie et biodiversité comme cinq dossiers rangés dans cinq armoires administratives différentes. Le principe est de regarder le système Terre et ses interactions, puis de redescendre vers les politiques nationales et locales.

Après les incendies et sécheresses de cet été, ce poste va avoir un excellent test grandeur nature : démontrer qu’il peut influencer les arbitrages réels, pas simplement produire de très beaux PDF contenant des flèches rouges.

Lire la tribune de Luc Bas sur Reuters ↗
07
Science-fictionCinémaSolarpunkImaginaires

Ridley Scott revient à la SF post-apocalyptique… mais refuse le nihilisme

Hig, interprété par Jacob Elordi, assis dans l’herbe avec son chien près d’un aérodrome abandonné.Affiche française de The Dog Stars montrant Hig et son chien devant une ville en ruines.Affiche de The Dog Stars montrant un avion dans un ciel étoilé au-dessus d’une maison isolée.
The Dog Stars transforme la survie en point de départ : la question n’est plus seulement qui reste, mais ce qui peut encore relier les survivants.

The Dog Stars, adaptation par Ridley Scott du roman de Peter Heller, sort mondialement à partir du 26 août. L’histoire suit Hig, survivant d’une pandémie installé dans un aéroport abandonné avec son chien et un autre rescapé. Mais le détail qui m’intéresse davantage que « Ridley Scott + apocalypse » est son choix assumé : l’optimisme est au cœur du film. Scott dit avoir voulu éviter une nouvelle déclinaison de l’apocalypse-zombies et centrer l’histoire sur la possibilité de reconstruire des relations humaines.

Pourquoi ça compte

C’est un petit signal culturel intéressant : après deux décennies de dystopies où l’avenir était essentiellement composé de boue, de fascistes et de gens possédant étonnamment beaucoup de vestes en cuir, la SF recommence à explorer ce qui mérite d’être reconstruit après la catastrophe.

Et ça, c’est précisément le territoire intellectuel où le solarpunk devient intéressant : pas « tout ira bien », mais « très bien, ça va mal : qu’est-ce qu’on construit maintenant ? »

Interview et présentation du film par Reuters ↗
08
Agriculture régénérativeClimatRésiliencePermaculture

L’agriculture régénérative commence à intéresser… les assureurs et les banques

Des bovins pâturent dans une prairie riche en espèces végétales.Un troupeau pâture dans une prairie arborée.
Des prairies plus diverses pour des exploitations plus résistantes aux extrêmes climatiques.

Face aux canicules et sécheresses européennes de 2026, l’agriculture régénérative change progressivement de catégorie : de pratique agricole alternative, elle devient un outil de gestion du risque économique. Reuters rapporte que banques, assureurs et industriels agroalimentaires commencent à financer ou encourager des systèmes reposant sur des pâtures multiespèces, des sols continuellement couverts et une moindre dépendance aux intrants. Les pertes agricoles liées aux événements extrêmes atteindraient déjà environ 2,3 milliards d’euros cette année dans l’UE et au Royaume-Uni.

Pourquoi ça compte

Le moteur du changement n’est plus uniquement écologique : un sol vivant commence à avoir une valeur financière mesurable parce qu’il rend une exploitation moins vulnérable. Et lorsqu’un assureur découvre qu’une prairie avec douze espèces survit mieux qu’une monoculture, les choses peuvent évoluer beaucoup plus vite qu’après cinquante colloques intitulés « Vers une agriculture durable : enjeux et perspectives ».

Pour la permaculture, c’est un signal de normalisation assez énorme : beaucoup de ses principes — diversité, couverture permanente, cycles locaux, rétention d’eau — migrent vers l’agriculture conventionnelle sans nécessairement porter l’étiquette « permaculture-bobo-écolo ».

Lire l’enquête de Reuters ↗